ENOES
Formations Expertise Comptable et Audit

Entretien exclusif avec M.PINERO VARGAS, formateur du DEC à l'ENOES

Publié le 21 nov 2017

Vous n’avez jamais donné d’interview, vous n’écrivez pas d’articles, vous ne vous exprimez pas dans les réseaux sociaux, mais vous êtes considéré comme la référence pédagogique dans le monde de l’expertise comptable et du DEC. Pourquoi ?

PV : En effet, je n’ai pas de carte de visite, pas de plaque dans mon Cabinet, pas de site internet, ...

J’ai exceptionnellement accepté cet entretien pour les 80 ans de l’ENOES qui a beaucoup contribué à ma réussite de formateur et qui offre aujourd’hui 47 % des diplômés DEC à la profession.

J’ai passé et je passe encore une bonne partie de ma vie dans les salles de formation et ai toujours préféré le contact direct.

Je travaille 70 h par semaine, entre la gestion de mon petit cabinet et mes activités de formation.

Imaginez si je me positionne sur un quelconque support de communication !

Toute ma carrière a été dictée par la demande, et non par l’offre.

Les stagiaires et les professionnels m’ont souvent fait remarquer que j’ai un discours différent (mon avantage concurrentiel ?) et ceci a contribué à ma réputation.

Vous savez, aujourd’hui avec la mondialisation et les différentes crises, il faut être différent et cultiver sa différence.

 

Depuis quand êtes-vous dans le domaine de la formation ?

Depuis toujours ! (sourire).

A l’âge de 8 ans, à Cadix, j’allais souvent à l’église et adorais servir à la messe, vêtu de ma soutane dans l’église pleine de monde le dimanche de 8h à 13 h. j’étais déjà en représentation et animation !

L’animation, donc la transmission, se porte en soi. Il faut aimer les êtres humains, c’est-à-dire les élever, les motiver, les encourager, leur donner une bonne méthodologie accompagnée d’une confiance et forte motivation, bases de la réussite et du bonheur.

 

En 1976, vous avez été le plus jeune expert-comptable diplômé de France et lauréat du Conseil supérieur de l’Ordre pour la qualité de votre mémoire !

Ce n’est pas cela qui est important. Tous les ans sont désignés le plus jeune diplômé DEC de France et les premiers prix du mémoire.

Ce qui compte ce sont les 450 diplômés DEC que j’ai l’honneur et le plaisir d’accompagner depuis plus de 40 ans dans les cursus des épreuves écrites et mémoire, et tous les moments passionnants de cette belle aventure partagée ensemble.

D’ailleurs, de plus en plus de diplômés me demandent de les conseiller et accompagner dans leurs choix professionnels au début de leur carrière.

 

Quel est votre secret pour avoir autant d’impact sur les stagiaires ?

Tout simplement croire en eux et leur faire confiance.

Les stagiaires qui viennent me voir, dans les cours collectifs ou en particulier, sont sérieux, travailleurs, éduqués et veulent réussir. Le discours positif que je leur adresse les motive et les conduit au diplôme.

Le métier qu’ils ont choisi depuis les études du DCG et DSCG est certainement l’un des plus beaux aujourd’hui par la diversité des travaux et des missions (en cabinet, entreprise, dans les associations et mutuelles, TPE, PME, sociétés cotées, dans les administrations, à l’international, dans l’exercice libéral, …).

 

Quelle est votre méthodologie de succès ?

L’observation et l’intérêt pour tout ce qui nous entoure.

Vous savez, il n’y a pas plus belle profession que l’expertise comptable et le commissariat aux comptes.

Il s’agit de deux professions généreuses, facilitant l’ascenseur social et l’accueil universel (j’ai eu des élèves au DEC qui avaient plus de 70 ans, qui ont bien sûr réussi, et qui ont créé après leur cabinet libéral ! Connaissons-nous une autre profession équivalente ?).

 

Quels conseils donnez-vous à un jeune qui démarre le stage d’expertise ?

Vivez bien cette période historique de 3 ans.

Soyez observateur, volontaire pour toutes les nouvelles missions et travaux qui se présentent.

Provoquez le dialogue et les échanges avec les collaborateurs et les experts, ne soyez pas isolés, voyez un maximum de monde (toutes les personnes de la structure ou des services, commissaires aux comptes, notaires, avocats, consultants, assureurs, banquiers, clients, représentants des administrations, …).

Il convient de privilégier :

. la culture du conseil (EC), c’est-à-dire anticiper les besoins des clients - et des équipes du cabinet - et leur donner satisfaction au-delà de leurs attentes ;

. la culture de l’audit (CAC), c’est-à-dire que l’on peut mieux faire, améliorer sans cesse, approfondir les éléments de solution, se dépasser, aller plus loin, viser plus haut : se perfectionner encore, s’améliorer toujours jusqu’à tutoyer l’excellence.

 

Que vous a apporté la formation ?

Tout. Je lui dois tout.

La reconnaissance, d’énormes satisfactions inoubliables, des voyages (Amérique du Nord, du Sud, Afrique, Europe, pratiquement toutes les grandes villes de France, les DOM/TOM, …), des rencontres exceptionnelles, de tous âges et de tous les postes hiérarchiques : j’ai formé des étudiants depuis le BTS, des stagiaires experts-comptables, des experts-comptables et commissaires aux comptes, des salariés et dirigeants d’entreprises, TPE, PME, des ETI, des EIP, des associations, mutuelles, fédérations, groupements, mais aussi des préfets, ingénieurs, cadres supérieurs, et bien d’autres …

Et tout ceci parce que j’ai eu la chance de choisir la merveilleuse profession d’expert-comptable et commissaire aux comptes et de m’être investi dans la formation.

Le DEC est ma passion et ma fierté :

. Fierté d’avoir contribué à apporter des milliers de diplômés à la profession (et ce n’est pas fini ! …).

. Fierté de constater l’évolution exemplaire de mes anciens stagiaires (certains sont devenus des présidents de l’Ordre ou de la Compagnie, d’autres des présidents de grands cabinets d’audit ou d’entreprises, et d’autres, plus anonymes, sont devenus des notables dans leurs villes avec leur cabinet de proximité, ou progressent régulièrement dans leur avancée professionnelle).

. Fierté d’avoir participé à obtenir les meilleures notes aux épreuves écrites et les meilleures notes au mémoire avec les premiers prix à l’Ordre, à la Compagnie et à Interfimo ou autres récompenses.

 

On dit que vous êtes la mémoire du DEC ?

Oui, peut-être. Je suis certainement un des examinateurs DEC les plus expérimentés dans les corrections des examens et des nombreux membres du jury furent mes élèves.

J’ai effectivement corrigé une vingtaine de sessions de l’ancien régime (régime 1969), les 49 sessions du régime 1981 (commencé en 1986) et les 15 sessions actuelles depuis la réforme de novembre 2010 avec l’épreuve écrite de déontologie et la mise en place des coefficients.

Par ailleurs, je collectionne les annales DEC depuis 1968. Cela me donne effectivement un recul intéressant.

 

Combien de jours de formation animez-vous par an ?

La formation DEC me mobilise 250 jours par an entre les notices, les mémoires, les soutenances, les épreuves écrites et les deux sessions par an avec l’actualisation des supports et la création de cas originaux d’actualité, la logistique, le choix des animateurs et le planning des interventions, les cours particuliers, la préparation et l’animation de séminaires, les déplacements en province et dans les DOM, les corrections des copies et les soutenances de mémoire aux examens.

Depuis 15 ans le DEC me sollicite tellement que j’ai dû abandonner les formations auprès des confrères ou des dirigeants d’entreprises.

La formation nécessite un engagement total, être toujours au fait de l’actualité et, si possible l’anticiper afin de maîtriser les évolutions.

La formation ne m’a jamais fatigué, bien au contraire. Pour moi le DEC est une vitamine, mon antibiotique (quand quelqu’un a mal à la tête il prend un doliprane, moi je lis une annale et ça passe, c’est vrai !).

Par ailleurs, je collectionne avec plaisir les lettres et courriels de satisfactions de mes élèves diplômés : je dois en avoir plus d’une centaine.

 

Que représente le mémoire d’expertise comptable ?

J’ai l’habitude de poser cette question aux stagiaires au début de ma première présentation. A la fin de la journée, après mon exposé, il ont pratiquement tous changé d’avis.

Le mémoire est l’élément visible, indélébile, intemporel du DEC.

Il représente la vision d’un jeune professionnel dans son temps, à travers l’environnement professionnel du moment.

D’ailleurs, la prochaine fois que l’Ordre ou les professionnels ou stagiaires me demanderont d’expliquer ma vision de l’avenir de la profession, je prendrai pour support un mémoire réalisé tous les 10 ans depuis 1948 (date de création du DEC) et je montrerai l’évolution fulgurante et exemplaire de notre profession.

Le mémoire est surtout un tremplin, un passeport avec un maximum d’ouvertures et perspectives, des ailes pour la carrière, un investissement très rentable et une expérience humaine inoubliable.

Plus qu’un diplôme de très haut niveau, le mémoire permet au jeune professionnel de démontrer sa maturité, ses compétences, son aptitude à analyser et expliquer des situations concrètes qui paraissent complexes et insurmontables.

Plus que le cadeau offert à la profession qui l’accueille, le mémoire, et donc le DEC, représente l’opportunité de donner un immense bonheur à sa famille, aux êtres chers, à son entourage professionnel, qui seront remerciés et satisfaits.

Je ne peux qu’encourager nos stagiaires, qui sont la force vive de notre profession et, au-delà, du pays, de croire en eux-mêmes, d’être confiants, d’observer et de garder toujours un esprit ouvert, attentif, d’être en veille sur tout. Egalement de s’intéresser à toutes les nouveautés, de participer à tout ce qui peut paraître difficile, de ne jamais écouter les pessimistes et ceux qui dénigrent en permanence, que l’Ordre et la Compagnie ce sont eux, qu’ils sont attendus, que le DEC est surtout le début de leur formidable carrière qui sera brillante, très brillante.

 

Quels sont les produits de préparation au DEC à l’ENOES ?

L’ENOES et son équipe de plusieurs intervenants spécialistes dont Monsieur Hubert TUBIANA, Président de l’ENOES, ne se positionne pas dans la préparation mais dans la réussite du DEC.

Depuis 1983 j’ai conçu à l’ENOES une formule originale puisque jamais copiée par d’autres organismes, basée sur le travail de groupe avec une préparation au mémoire de 6 séances réparties en 7 à 9 mois, le samedi ou en semaine :

            - une 1ère séance où j’explique les modalités de la réussite et de la capitalisation du mémoire en 8 heures (sans pause le matin ni l’après-midi à mon habitude, il y a tellement de choses à dire …).

            - 5 séances de 4 heures soit le matin, soit l’après-midi en petit groupe de 4 à 5 personnes ayant le même objectif :

     . dépôt de la notice après la 4ème séance, soit 3 mois après environ,

     . dépôt du mémoire 3 mois après la notice après explication de la méthodologie de la rédaction à la 5ème et 6ème séance (où est également indiquée la méthodologie de réussite de la soutenance).

Pour les candidats qui prennent la formation en cours de route (car ils ont par exemple déjà obtenu l’agrément de la notice ou parce qu’ils ne peuvent, ou ne veulent pas, suivre les cours en groupe) des cours particuliers sont organisés avec un planning et un avancement individuel : sujet, notice, mémoire, soutenance.

Par ailleurs, d’autres modules sont proposés, en cours particulier (y compris pour ceux qui suivent la formule entière en groupe), pour la rédaction du mémoire ou pour une soutenance en blanc.

Pour ceux qui ont échoué une ou plusieurs fois à la notice ou à la soutenance (souvent parce qu’ils ont travaillé sans aucun suivi ni direction ) des séances individuelles sont possibles.

Il m’arrive également de recevoir des candidats qui ont échoué plusieurs fois aux épreuves écrites : je diagnostique la cause de l’échec et leur donne le « traitement » adapté : souvent, ce n’est pas grand-chose, j’y remédie avec une méthodologie personnalisée.

 

En outre, je passe une bonne partie de mon temps à recevoir en cours particulier des candidats éloignés de Paris et qui ne peuvent donc pas suivre les formations en groupe. Actuellement je guide une mémorialiste de Tahiti, plusieurs candidats d’Afrique de l’ouest et du nord, de la Martinique, Guyane, Guadeloupe, La Réunion, le Liban et Malaisie entre autres.

Quant aux épreuves écrites, des séminaires de préparation sont organisés 2 mois avant l’examen de chaque session :

            . 3 jours consécutifs en immersion pour l’épreuve n° 2,

            . 1 jour pour l’épreuve n°1.

Les candidats repartent avec une méthodologie comprenant :

   . 1 - information et méthodologie opérationnelle,

   . 2 – préparation avec un planning détaillé de travail de 100 heures,

   . 3 – simulation des épreuves et performance.

Tout ceci accompagné de rappels fondamentaux en audit, expertise et en droit des affaires (droit des sociétés, droit pénal, droit fiscal et social), contrôle interne, déontologie et actualité professionnelle.

Chaque participant reçoit une documentation conséquente, mais synthétique et pédagogique, à jour au 1er septembre pour les examens de novembre ou au 1er mars pour la session de mai, et spécialement choisie pour les épreuves, sous forme de schémas, rappels de règles de base, mini-cas et cas complets couvrant le programme des épreuves représentant 3 000 pages environ.

L’objet de tout ceci est de capter « la DEC attitude », absolument nécessaire pour la réussite des épreuves.

De plus je fournis 3 outils opérationnels que j’ai imaginés pour l’épreuve de révision n° 2 : le petit squelette EC et CAC, la matrice de formulation des réponses aux questions posées et la méthodologie opérationnelle de succès.

Notons également que depuis 3 ans l’ENOES prépare également au CAF CAC avec un taux de réussite satisfaisant.

Je suis assez fier que l’ENOES soit la 1ère école de l’expertise comptable et de l’audit de France, avec toujours un afflux de candidats : + 28 % d’inscriptions au DEC en 2016, + 18 % en 2017.

De nouveaux grands cabinets d’audit ou d’expertise nous confient leurs collaborateurs en séminaires spécifiques pour la préparation des épreuves écrites.

Je peux enfin vous indiquer que les feuilles d’évaluation sont élogieuses.

 

Quelques mots de conclusion ?

Oui bien sûr.

J’ai aujourd’hui 51 ans d’expérience professionnelle (j’ai commencé à travailler dans la comptabilité à 16 ans après le CAP - vous connaissez ainsi mon âge -) et j’ai exercé dans les petits, moyens et grands cabinets, 5 ans dans une multinationale et 35 ans en libéral. J’ai eu, vous l’imaginez, un maximum de satisfactions professionnelles et d’évènements inoubliables.

Je vais vous faire une confidence : après 51 ans de travail, je me rends compte que je vis actuellement mes plus belles années professionnelles.

La raison ? Ce beau métier bien sûr qui me permet d’être en forme permanente.

Je suis sûr que c’est l’homme qui crée l’évènement mais il convient que les circonstances soient présentes, ce qui est le cas de notre chère profession.

Quant aux jeunes je leur dis :

     Ne trichez pas, jamais !     N’oubliez pas qu’un homme libre est un homme droit !

     Soyez positifs et généreux !

      Cherchez les encouragements et les motivations en permanence et encouragez et motivez les autres !

      N’oubliez pas ma devise qui a fait en partie ma réputation : « diplômés, tous diplômés ! », mais une fois diplômé vous devez tout faire pour les autres, pour qu’ils vous dépassent et réussissent à leur tour, et ainsi de suite pour les suivants, c’est le sens de la vie : faites réussir les autres et ils vous le rendront bien.

En guise de conclusion, je dirai vive la profession, vive l’Ordre, vive la Compagnie, vive le DEC, vive les jeunes, …et vive la vie !

 

Propos recueillis le 26 octobre 2017 par Cynthia AKOWANOU, Chargée de communication digitale à l’ENOES, à l’occasion des 80 ans de l’ENOES.